Une lueur d’espoir
Les quatorze années de conflit intense et dévastateur qu’a connues la Syrie ont pris fin de manière inattendue, mais profondément salutaire, à la fin de l’année 2024 avec la chute du régime d’Assad. La guerre a coûté la vie à au moins 580 000 personnes et forcé 13 millions de Syriens à fuir leurs foyers au cours de sa première décennie. Des communautés entières ont été disloquées, et des infrastructures vitales — notamment les systèmes d’approvisionnement en eau dont dépendaient des millions de personnes — ont été laissées en ruines.
Alors que le pays est confronté à la tâche monumentale de la reconstruction, des familles comme celle d’Ali peinent à recoller les morceaux de leur existence. Voici l’histoire du parcours d’un homme et de sa famille, marqué par la perte et la résilience, et de la manière dont, grâce au soutien de GOAL et de l’Union européenne, une fragile lueur d’espoir continue de subsister.
Déplacement et difficultés
Le déplacement demeure l’une des conséquences les plus graves de la crise :
- Plus de 1,2 million de Syriens sont rentrés depuis les pays voisins.
- Plus de 1,9 million de personnes déplacées à l’intérieur du pays (PDI) sont retournées dans leurs zones d’origine, dont plus d’un million ont quitté des sites de déplacement dans le nord.
- Environ sept millions de personnes restent déplacées à l’intérieur de la Syrie.
À travers le programme SANAD II financé par l’Union européenne, les équipes de GOAL viennent en aide à des milliers de ménages qui rentrent chez eux et s’efforcent de se réinstaller, notamment des familles comme celle d’Ali Azzeddeen Arnos. En Syrie, le soutien financier permet aux familles récemment revenues de répondre à leurs besoins essentiels, de retrouver un sentiment de dignité et de reconstruire une stabilité dans leur vie quotidienne.
Ali et ses petites-filles sont assis parmi les décombres de leur ville natale
L’histoire d’Ali
Ali, 50 ans, est originaire du village de Baboulin, dans le gouvernorat d’Idlib. Il vit avec sa famille élargie de dix personnes, dont son fils marié et sa famille. Leur vie a basculé en avril 2012, lorsque des bombardements intensifs, des raids et des arrestations les ont contraints à fuir leur région.
« Nous avons quitté notre maison, nos terres et toute une vie de souvenirs… nous n’avons emporté que quelques affaires et sommes partis à la recherche de sécurité pour nos enfants », se souvient-il.
La famille s’est d’abord réfugiée dans le camp de Nayara, au nord du Liban. Elle a enduré des hivers rigoureux sous des tentes, avec un accès limité à l’eau et aux soins médicaux, avant de s’installer dans une maison louée. Cependant, la vie est restée extrêmement difficile, en particulier en raison des besoins en soins médicaux de plusieurs membres de la famille.
«
Mon seul souhait est de voir mes enfants en bonne santé… vivre une vie digne.
Défis médicaux
Le fils d’Ali, Hilal, 21 ans, vit avec des lésions cérébrales depuis sa petite enfance. Avec le temps, sa fille Seham, 14 ans, ainsi que l’une de ses petites-filles ont développé des symptômes similaires, alourdissant encore les responsabilités médicales et les soins quotidiens de la famille. Son épouse souffre d’une maladie cardiaque et nécessite un traitement médicamenteux continu, tandis qu’Ali lui-même a subi trois interventions chirurgicales (vésicule biliaire, ulcère et appendicite) et souffre fréquemment de fatigue.
Retour au pays
Après la chute du régime d’Assad, la famille est retournée dans le village de Baboulin, dans le gouvernorat d’Idlib — une période empreinte de joie, mais aussi de nostalgie pour la famille. Cependant, leur région d’origine reste marquée par de lourds dégâts aux infrastructures : accès limité à l’électricité et à l’eau, et absence quasi totale de réseaux d’assainissement. Les possibilités de revenus sont rares, et le travail journalier occasionnel d’Ali rapporte rarement plus de 4 dollars par jour. Avec des dettes atteignant $6,000, l’achat même de produits alimentaires de base comme le pain et le riz est devenu un combat quotidien.
« Parfois, les enfants demandent un morceau de viande ou des sucreries, et je ne peux pas leur en offrir », confie-t-il.
L’hiver rend la vie encore plus difficile : le carburant de chauffage et le gaz absorbent une grande partie de leurs revenus limités, et le bois de chauffage doit souvent être acheté en petites quantités.
Malgré ces épreuves, la famille s’accroche à des moments de joie, partageant de repas simples ensemble et se soutenant mutuellement face à chaque difficulté.
Ali et ses petites-filles achètent des produits essentiels grâce à l’assistance financière de GOAL
Une bouée de sauvetage de GOAL
Au cours d’une période particulièrement difficile, la famille a bénéficié d’une aide dans le cadre du programme d’assistance monétaire polyvalente (MPCA) de GOAL, financé par l’Union européenne. Cette aide financière a apporté un soulagement essentiel.
« Dieu merci… cet argent a considérablement allégé mon fardeau. J’ai pu acheter des médicaments pour mon épouse, donner de la viande à mes enfants après longtemps, et voir leur bonheur était plus important que tout le reste », dit-il en souriant.
L’assistance en espèces ne soutient pas seulement des ménages comme le leur, mais renforce également les marchés locaux, contribuant ainsi à la reconstruction collective des communautés.
Les équipes de GOAL travaillent en étroite collaboration avec les familles de retour dans toute la région. Lors du dernier cycle d’assistance, plus de 2 500 ménages vérifiés de Baboulin et des villages voisins ont reçu une aide financière pour répondre à leurs besoins urgents et rester au sein de leurs communautés.
« Ces villages manquent même des services les plus élémentaires », explique Lama Sanoon, membre de l’équipe Assistance en espèces et bons (Cash & Voucher Assistance) de GOAL en Syrie. « L’assistance financière offre aux familles dignité et flexibilité, leur permettant de prioriser l’alimentation, les médicaments, le combustible et d’autres besoins essentiels. »
En parallèle, les équipes de proximité de GOAL rendent régulièrement visite aux communautés et soutiennent les mécanismes de retours d’information et de gestion des plaintes, notamment par le biais de lignes d’assistance téléphonique et de consultations communautaires. Cela permet de garantir la transparence et la réactivité face aux besoins des populations que GOAL accompagne.
Le souhait de Ali
Malgré des années de souffrance, la famille d’Ali garde espoir. Chaque jour, Ali puise sa force dans le regard de ses enfants.
« Mon seul souhait est de voir mes enfants en bonne santé… vivre une vie digne », dit-il.
Le programme de GOAL est bien plus qu’un simple soutien financier : pour des familles de retour comme la sienne, il offre stabilité, dignité et un regain d’espoir.
Ali, son épouse et leurs petites-filles partagent un repas en famille dans leur maison
À propos de la protection civile et de l'aide humanitaire de l'UE
L'Union européenne et ses États membres comptent parmi les principaux donateurs d'aide humanitaire au monde, apportant une aide vitale à des millions de personnes touchées par des conflits et des catastrophes à travers le monde. L'aide humanitaire de l'UE est fournie par la Direction générale de la protection civile et des opérations d'aide humanitaire européennes (DG ECHO), en tenant compte des besoins, avec impartialité et dans le respect de la dignité humaine.
GOAL en Syrie
Après plus de dix ans de conflit, la Syrie compte plus de 6,8 millions de déplacés internes. Au total, 70 % des Syriens ont besoin d’une aide humanitaire et en dépendent pour survivre au quotidien.
Les équipes de GOAL travaillent sur le terrain en Syrie depuis que le conflit a éclaté en 2012. L’année dernière, le programme d’intervention d’urgence de GOAL est venu en aide à plus de 287 000 personnes nouvellement déplacées en leur apportant de la nourriture, du matériel de cuisine et une assistance financière. Grâce au travail mené par les ingénieurs de GOAL qui réparent les dommages causés à l’infrastructure du réseau d’eau, plus de 1,3 million de personnes ont désormais accès à l’eau potable dans leur maison. Par ailleurs, 430 000 personnes bénéficient du programme de production de pain de GOAL dans le nord-ouest de la Syrie.
Impact in Numbers
+1.6 million
Fournir une eau salubre à plus de 1.6 million de personnes
+430,000
Fournir du pain à plus de 430 000 personnes chaque jour
2.8 million
De personnes aidées en 2024
2012
GOAL commence ses interventions en Syrie
L’histoire de Louay
Louay Tajiddin, un ingénieur en eau et assainissement de GOAL en Syrie, partage son expérience personnelle, lui qui a dû quitter son travail et son domicile en raison du conflit dans le pays.
Il souligne les difficultés rencontrées par les Syriens du fait du conflit prolongé et l’importance de bénéficier d’un accès à des services de base, en particulier l’eau salubre.
Pour aider les communautés vulnérables en Syrie, Louay a mis ses compétences et son expérience au service de l’action humanitaire.
« Il était difficile de voir de plus en plus de familles vulnérables souffrir dans un contexte de déplacement et de conflit. Mais je savais que ce n’était pas une fatalité. J’ai senti que je pouvais faire plus pour mes concitoyens, étant donné mon expertise dans l’entretien des infrastructures de service public. C’était quelque chose dont ma communauté avait désespérément besoin. »
Apprenez-en davantage sur la façon dont Louay et d’autres membres du personnel de GOAL en Syrie, grâce au financement de l’Union européenne, réparent et assurent un approvisionnement en eau salubre à plus de 800 000 personnes dans le nord-ouest de la Syrie.